Communications dans les sessions thématiques ouvertes > #10 La suffisance est-elle davantage acceptable socialement que la sobriété dans le contexte de transition écologique ?Contact pour soumission de communication Valérie Guillard : valerie.guillard@dauphine.psl.eu
Cadrage et objectif de la session Cette session a pour objectif de discuter de l’acceptabilité sociale de ce que portent les termes ‘sobriété’ et ‘suffisance’ pour différentes parties prenantes dont les associations caritatives pour épauler la transition vers davantage de durabilité. Le contexte est en effet connu et documenté par les scientifiques : 1,5°C de réchauffement climatique (GIEC) ; biodiversité menacée (IPBES) ; raréfaction de l’eau douce (UNESCO1) ; taux de pauvreté de 14% en France2. S’ajoutent à cela les maladies liées aux pesticides ou autres produits chimiques ; l’éco-anxiété ; la perte de sens au voire du travail ; une santé mentale en déclin devenant une « grande cause » de 20253. Une autre voie a été pensée voire poétisée (Rabhi, 2014), définie et conceptualisée (Bourg, 2024) et ‘récemment’ rediscutée (Méda, 2022), conceptualisée celle de la sobriété, dit autrement « moins et mieux consommer et produire » (Thiriot, 2022 ; ADEME). Cette notion génère des tensions et des ambivalences pour tous les acteurs. Pour l’individu tout d’abord, quel que soit son rôle, consommateur, citoyen, donateur, parent, enseignant, salarié, etc. Ne plus prendre ou réduire l’usage de sa voiture pour une mobilité douce, l’avion pour les vacances ; acheter en vrac ses pâtes et sa lessive, du local et du bio ; utiliser des moteurs de recherche soutenable ; chauffer à 19 degrés ; manger moins de viande ; acheter d’occasion ; prêter, emprunter, mutualiser, etc. Toutes les catégories sociales sont concernées par ces pratiques. Les personnes en situation de précarité le sont également même si leur mode de vie est au global moins polluant. Elles sont toutefois moins visibles, moins questionnées ou davantage réticentes à participer aux enquêtes, craignant d’être stigmatisées notamment sur la question de la transition écologique (Rousselet et Bonnemaizon, 2024). Pourtant les personnes en situation de précarité sont sensibles aux enjeux écologiques. La littérature grise illustre que cette préoccupation est présente dans leurs discours (CREDOC/ADN, 20244) et dans leurs pratiques : elles achètent en seconde main, attentives au gaspillage quand bien même la motivation économique reste forte. Le mot fait également peur : l’écologie et ce qui lui est assimilé est, selon elles, ‘réservé au bobo parisien’ (Billen, 2022, 2023). Elles se projettent donc parfois mal, peu ou pas dans ces termes de sobriété, écologie.Pour tous et toutes, les difficultés à adhérer ou à passer à un mode de vie sobre sont ainsi d’ordre cognitives, émotionnelles, sociales (Guillard, 2023), temporelles, les arbitrages en termes de temps que nécessite des activités sobres étant très difficiles à mettre en place et à envisager (Guillard, 2024). En somme, si la sobriété peut être acceptable comme idée, elle est conflictuelle au quotidien, peu transformatrice des pratiques et pas toujours consentie (Guillard, 2025b). Idem du côté des organisations marchandes. Elles se transforment pour plus de circularité (RIODD, 2024), produisent à partir de matières recyclées, réemploient la matière (souvent par crainte et coût de la rareté), revoient leurs emballages, parfois l’acheminement de leurs marchandises via le fluvial. La sobriété provoque, si ce n’est des conflits, des angoisses. L’acceptabilité sociale de ce changement est difficile pour les dirigeants et les salariés, la crainte de perdre son entreprise/emploi est très présente dans un monde compétitif. Le mot ‘sobriété’ est d’ailleurs très peu utilisé en et par les entreprises. Les plus engagées transforment toutefois leur modèle d’affaire (Niessen et Bocken, 2021 ; Kropfeld et Reichel, 2021) et visent la sufficiency ou suffisance (Combes, 2024). L’objectif est d’atteindre un seuil qui assure pérennité, activité et emploi sans pour autant gagner plus que nécessaire. Qu’est-ce qui facilite l’acceptabilité sociale d’une telle organisation ? Qu’est-ce qui conduit ou bloque un salarié à travailler dans une entreprise dite ‘suffisante’ ? Comment se vit la suffisance au quotidien ? Comment faire accepter la suffisance au quotidien dans l’organisation ? Qu’en est-il maintenant des organisations non marchandes ? Où en sont-elles face à la transition écologique comme le questionne le rapport ORA (Opinion des Responsables Associatifs)5 6 ? 33% des dirigeants prennent la mesure des enjeux et en tiennent compte ponctuellement dans leur activité, 50% poussés par l’interne. Les pratiques sont plutôt celles relatives au travail quotidien (économie d’énergie, limitation des transports, tri des déchets, etc.) dans les secteurs du social, de la jeunesse, de la culture et de l’environnement. Concernant leur mission, notamment les associations liées à précarité, elles doivent naviguer entre plusieurs enjeux :
Les associations caritatives sont donc conduites, pour des raisons financières mais aussi économiques, à assurer aux personnes en situation de précarité l’assez, le suffisant. Mais qu’est-ce qu’un ‘assez socialement acceptable’ pour ceux qui reçoivent et qui donnent dans un contexte de transition écologique et d’horizontalisation de la norme de consommation (Moati, 2019) ? Les travaux sur la justice sociale, et plus particulièrement sur la justice distributive, fixent un premier seuil en dessous duquel aucune personne ne devrait être, celui des capabilité de base (Sen, 2013 ; Nussbaum, 2002). Les auteurs n’opérationnalisent toutefois pas les produits auxquels il serait minimum d’avoir accès pour bien vivre dans notre société. Gorge et al. (2015) apportent des réflexions riches sur la suffisance en articulant le « trop » et le « rien » sans pour autant opérationnaliser des seuils. Sur quoi, sur quels critères, comment construire ces seuils pour qu’ils soient socialement acceptables ? Ces seuils permettraient aux associations de construire une grille d’analyse de la suffisance voire de la sobriété dans un contexte de transition écologique. Cette session thématique s’inscrit dans des réflexions initiées dans l’initiative de recherche ‘sobriété matérielle et justice sociale’8. Elle se veut transformatrice en écho aux réflexions sur le relationnal engagement approach to research impact (Ozanne et al., 2017) ou la Transformative Consumer Research (Özçağlar-Toulouse et Burroughs, 2014) autrement dit des recherches en étroite collaboration et interaction avec les organisations, afin d’avoir des impacts sur la société. En effet, les réflexions initiées dans cet espace qu’est l’initiative de recherche se font en étroite collaboration avec un partenaire associatif et son réseau pour construire une voix qui contribue à harmoniser l’assez dans une société du trop. L’objectif est de faire ruisselée une norme du suffisant (Gorz, 2019) via les organisations jusqu’aux personnes en situation de précarité/pauvreté. Ainsi, dans cette session, nous sommes intéressés par les contributions théoriques sur l’articulation entre sobriété et suffisance par différents acteurs (consommateurs et organisations publiques ou privées) mais aussi celles qui vont au-delà de la réflexion théorique, des études de cas empiriques offrant des perspectives concrètes exploitables par le terrain. L’objectif est de comprendre comment rendre ces notions socialement acceptables pour les parties prenantes. Dans cette optique, nous encourageons toute proposition de communication, quelle qu’en soit la forme (vidéo, posters, etc.) sur les thématiques suivantes (liste non exhaustive) :
Des acteurs associatifs viendront prendre part aux – et construire les - débats de cette session du RIODD. 1 https://www.unesco.org/fr/ihp 5 Les associations face aux enjeux de transition écologique Enquête d’Opinion des Responsables Associatifs 2024, Fondation Terre Solidaire, https://ora2024-fzoaanzwz4zoeeb8zdtgks.streamlit.app/ 6 https://www.associations.gouv.fr/les-associations-face-a-la-transition-ecologique.html 8 Initiative financée par l’Agence du Don en Nature et l’ADEME, portée par la fondation Dauphine. Références Billen, L. (2022). De l’expérimentation à l’alternative écologique? Le cas d’un vide-greniers en quartier populaire. Développement durable et territoires. Économie, géographie, politique, droit, sociologie, 13(2). Billen, L. (2023). L’écologie ordinaire pour lutter à la fois contre les inégalités sociales et la crise écologique. Les cahiers du développement social urbain, (1), 7-9. Combes, B. (2024). The new models of sufficiency: from sufficient consumption to sufficient business models. In 9th International Conference on New Business Models: Sustainable business models for the digital, green and inclusive transition. |
Personnes connectées : 4 | Vie privée | Accessibilité |
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